rédigé par GHALI Wahiba
Noir et
blanc
J’avais vingt ans quand j’ai appris qu’il
était attaqué par le cancer, il passait des nuits blanches en soufrant, même criant,
de douleur, il perdait du poids. Je
levais mes yeux, incessamment, et regardais
sa photo rattachée au mur, je la comparais, sans le vouloir, avec la silhouette
allongée sur le lit, je me demandais si j’observais la même personne? Est
ce que la photo ment? Pour quoi le temps
ne s’arrêta pas le 21 aout 1982, quelle coïncidence c’est le jour de mon
anniversaire, quand le photographe avait
appuyé sur le déclencheur de son appareil photo pour garder l'image de l’idéal suprême de
ma vie?
La mort ne croit pas
aux photos ni aux photographes car ils sont menteurs, ils camouflent la réalité. Le17 juin 1991 vers trois heures du matin dans notre maison
au style andalou à notre ville Testour des cris
de ma mère et mes sœurs se déclenchaient, je n’ai plus un père, je devenais
pour la première et la dernière fois orpheline, je n’ai que des photos et des
souvenirs qui me rallient au passé. Cette date marquante dans ma vie où j’ai
perdu une perle précieuse, que mon village, ma famille, mes proches mes voisins
ont pleurés à chaudes larmes, mais les miennes étaient plus chaudes j’avais les
larmes aux yeux pendant des mois et des mois, et d’autant plus quand je voyais
cette photo. Tout de même, grâce a elle que j’ai restitué l’image de mon père, une
image pleine de défi, de force, d’élégance comme il paraissait toujours un costume
une chemise blanche bien repassée une cravate avec un nœud simple les cheveux
noirs ondulés. Bien évidemment la photo rend immobile tout sujet comme le dit
Roland BARTHES, et celle-ci a effacé l’image d’un patient alité, mourant, ou
autrement dit c’est moi que j’ai voulu effacer cette période critique où je ne
voyais pas mon père Bechir mais je voyais entre autre un fantôme.
Malgré que la photo fût en noir et blanc je l’admirais énormément elle retraça
les traits de mon père elle ne négligea pas les détails, elle me ramena avec
lui à la salle de classe où il fût instituteur sérieux et sévère comme il se
représente dans la photo et dans ma mémoire.
J’avais l’impression qu’il me regardait tout le temps, il m’accompagnait
même dans mes rêves il est toujours à mes côtés, notamment quand je médite l’image, oui il me
regarde, il me parle, je me souviens de ses sourires qui remplissaient les
lieux, de ses conseils, mais je me souviens pas, par contre, pour quoi il me grondait
parfois, ou plutôt je ne veux pas y revenir.
Cette photo sans doute est du passé, néanmoins elle représente mon
« présent » et mon « avenir » je la vois
quotidiennement mais sans dire à personne. Or des questionnements me surmontent
suis-je en relation émotionnelle et sensationnelle avec une image ou avec mon
père ? La mort des personnes que nous aimions affaiblit-elle l’amour ou elle le
renforce ?
