samedi 17 juin 2017

Noir et blanc





rédigé par GHALI Wahiba

Noir et blanc



J’avais vingt ans quand j’ai appris qu’il était attaqué par le cancer, il passait des nuits blanches en soufrant, même criant, de douleur, il perdait du poids.  Je levais mes yeux, incessamment,  et regardais sa photo rattachée au mur, je la comparais, sans le vouloir, avec la silhouette allongée sur le lit, je me demandais si j’observais la même personne? Est ce que la photo ment?  Pour quoi le temps ne s’arrêta pas le 21 aout 1982, quelle coïncidence c’est le jour de mon anniversaire,  quand le photographe avait appuyé sur le déclencheur de son appareil photo pour garder l'image de l’idéal suprême de ma vie?
La mort ne croit pas aux photos ni aux photographes car ils sont menteurs, ils camouflent  la réalité. Le17 juin 1991 vers trois heures du matin dans notre maison au style andalou à notre ville Testour  des cris de ma mère et mes sœurs se déclenchaient, je n’ai plus un père, je devenais pour la première et la dernière fois orpheline, je n’ai que des photos et des souvenirs qui me rallient au passé. Cette date marquante dans ma vie où j’ai perdu une perle précieuse, que mon village, ma famille, mes proches mes voisins ont pleurés à chaudes larmes, mais les miennes étaient plus chaudes j’avais les larmes aux yeux pendant des mois et des mois, et d’autant plus quand je voyais cette photo. Tout de même, grâce a elle  que j’ai restitué l’image de mon père, une image pleine de défi, de force, d’élégance comme il paraissait toujours un costume une chemise blanche bien repassée une cravate avec un nœud simple les cheveux noirs ondulés. Bien évidemment la photo rend immobile tout sujet comme le dit Roland BARTHES, et celle-ci a effacé l’image d’un patient alité, mourant, ou autrement dit c’est moi que j’ai voulu effacer cette période critique où je ne voyais pas mon père Bechir mais je voyais entre autre un fantôme. Malgré que la photo fût en noir et blanc je l’admirais énormément elle retraça les traits de mon père elle ne négligea pas les détails, elle me ramena avec lui à la salle de classe où il fût instituteur sérieux et sévère comme il se représente dans la photo et dans ma mémoire.
J’avais l’impression qu’il me regardait tout le temps, il m’accompagnait même dans mes rêves il est toujours à mes côtés, notamment quand je  médite l’image, oui il me regarde, il me parle, je me souviens de ses sourires qui remplissaient les lieux, de ses conseils, mais je me souviens pas, par contre, pour quoi il me grondait parfois, ou plutôt je ne veux pas y revenir.
Cette photo sans doute est du passé, néanmoins elle représente mon « présent » et mon  « avenir » je la vois quotidiennement mais sans dire à personne. Or des questionnements me surmontent suis-je en relation émotionnelle et sensationnelle avec une image ou avec mon père ? La mort des personnes que nous aimions affaiblit-elle l’amour ou elle le renforce ?

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